Sortie du nouveau scénario negawatt 2017

Thierry Salomon negaWatt Le nouveau scénario négaWatt : confirmation et urgence d’agir !


Thierry SALOMON, porte-parole et vice-président de l’association négaWatt.

Plus de cinq ans se sont écoulés depuis la publication du dernier scénario négaWatt, cinq années marquées par de considérables bouleversements sur l’énergie : un prix du pétrole au plus bas, des émissions chinoises au plus haut, le grand retour du charbon, un nucléaire vieillissant, englué dans des impasses technologiques et financières à haut risque. A l’inverse, le coût des renouvelables a continué de baisser, notamment pour le photovoltaïque, dans des proportions si spectaculaires que pour nombre d’analystes financiers - pas vraiment suspects de militantisme écolo - la messe est dite : les renouvelables ont d’ores et déjà gagné la partie.
Décidant, il y a presque un an, de revisiter de fond en comble les dizaines de milliers de données qui constituent le cœur de calcul de son scénario, l’équipe de scénaristes de négaWatt ne savait pas si leur travail allait aboutir sur une trajectoire énergétique très différente de celle proposée en 2011.
Au terme de celui-ci, la réponse est claire : le scénario négaWatt 2017 confirme et renforce toutes les analyses effectuées il y a cinq ans.

Oui, la clé de voûte d’une transition énergétique réussie est bien une baisse de plus de moitié de la consommation en énergie finale : il faut agir d’abord sur la demande tout en transformant l’offre d’énergie.

Oui, les trois piliers de cette transition énergétique sont bien la sobriété, l’efficacité et les renouvelables et ils doivent être déployés dans cet « ordre de mérite ».

Oui, une sortie du nucléaire est réalisable en une vingtaine d’années sans faire exploser à la fois nos émissions de CO2 et notre facture énergétique. Elle est non seulement possible, mais hautement souhaitable afin d’éviter que notre pays ne compromette toute capacité financière à engager la transmission énergétique.

Enfin, il faut sortir d’une vision d’avenir bien trop « électron » pour une vision beaucoup plus « molécule » en s’appuyant à la fois sur le réseau électrique et le réseau de gaz, les deux mix basculant progressivement vers 100 % de renouvelables.

Mais un point crucial émerge dans l’élaboration d’une trajectoire énergétique pour 2050 : les paroles ne suivant pas assez vite les actes, la forte inflexion nécessaire n’a pas encore eu lieu. Or l’effet de serre, notamment, est un problème cumulatif. Toute année perdue ampute de façon irrémédiable notre budget-carbone, c’est-à-dire la quantité maximale de gaz à effet de serre que l’on peut encore s’autoriser à émettre pour maintenir l’élévation la température en dessous de +2°C, seuil au-delà duquel les conséquences sur le climat peuvent être irréversibles.
Pour pallier notre lenteur à agir, seule une très volontariste politique énergétique nous permettra de desserrer un peu la contrainte temporelle, c’est-à-dire de gagner un peu de temps pour lancer les actions pour que la France reste dans un budget carbone climatiquement acceptable.
Tout se joue dans les 15 ans à venir, et tout retard à l’allumage ne se rattrapera pas.

C’est donc un double message que nous propose le nouveau scénario 2017 : la trajectoire proposée par négaWatt est pleinement confirmée, aboutissant à quasi 100 % de renouvelables à l’horizon 2050. Mais la voie pour y parvenir est bien plus étroite qu’en 2011 : elle implique un engagement intense de tous les acteurs et décideurs... à commencer par ceux qui brigueront nos suffrages en 2017!


* Le scénario négaWatt 2017 sera publié le 25/01/2017 lors d’une présentation à Paris, puis le 26/01 aux Assises de l’énergie à Bordeaux, ainsi que sur www.negawatt.org

 

Extrait de La Lettre de l'ASDER de janvier 2017