Energies renouvelables et Power-to-Gas !

Interview pour La Lettre de l'ASDER d'octobre 2016 de Marc JEDLICZKA, vice-président du CLER, réseau pour la transition énergétique et directeur d’HESPUL.

1- Quelle est la place des énergies renouvelables (ENR) dans la transition énergétique telle que définie par la loi du 17 août 2015 relative à la TE pour la croissance verte ?

Les objectifs définis dans la loi (32% de la consommation d’énergie par des ENR en 2030 ne sont pas très éloignés de la trajectoire d’un scénario négaWatt, mais c'est au niveau de la mise en œuvre que le bât blesse plus ou moins selon les types d’énergie.

Pour la chaleur, la réorientation via l’ADEME du « Fonds chaleur » vers les « Contrats de développement territoriaux » semble prometteuse pour accélérer le développement des différentes filières en agrégeant sur le terrain les projets moyens et petits jusque là exclus du dispositif.

Le biogaz quant à lui bénéficie de tarifs d’achat en injection qui sont corrects mais le développement de la filière reste lent à cause de la complexité des procédures et la lourdeur du montage des projets.

Le cas de l’électricité est plus complexe, avec l’évolution voulue par l'État des mécanismes de soutien vers un système "marché + prime" censé remplacer les tarifs d'achat.
Dans le photovoltaïque, l'épisode de la bulle spéculative et du moratoire a laissé des traces et le nouveau système mixte "compléments de rémunération" et "appels d’offre" favorise clairement les grands opérateurs. L'évolution sera plus lente dans l'éolien puisque les tarifs d’achat sont maintenus pour quelques années mais la tendance est la même.

Le résultat de cette politique est inquiétant :
- le coût de production des énergies renouvelable reste artificiellement plus élevé qu'ailleurs du fait des contraintes administratives et des mécanismes de soutien qui ont été choisis
- on va vers une concentration de la production avec des gros opérateurs qui s’approprient le potentiel au détriment des acteurs plus petits tels les PME et les collectivités, ce qui ne va pas dans le sens d’une transition énergétique partagée et maîtrisée dans et par les territoires.

Par ailleurs la question de la capacité d'accueil du réseau électrique est trop souvent abordée sous un mauvais angle, comme celui de l'autoconsommation qui ne peut être à elle seule une solution : le vrai problème est l'incapacité d'Enedis (ex-ERDF) à changer sa vision et ses méthodes de travail en se retranchant derrière le monopole pour tenter de ralentir la territorialisation de la production.

2- Quelles sont les solutions en vue pour pallier à la variabilité des énergies renouvelables?

Compte tenu du très faible taux d'énergies renouvelables "variables" (PV et éolien), c'est loin d'être une urgence chez nous, et des pays bien plus avancés comme le Danemark, l'Espagne ou le Portugal ou l'Allemagne ne connaissent pas les problèmes que les Cassandre nous annoncent. Surtout, il faut se rassurer : les solutions adéquates sont connues et elles seront disponibles à temps.

Ce n'est que lorsque le seuil de 40 à 50% sera dépassé, d'ici deux décennies, qu'il faudra commencer à mettre progressivement en œuvre les solutions actives de compensation et de régulation déjà disponibles aujourd'hui au niveau des onduleurs des éoliennes et des systèmes PV.
Au-delà de 70%, le stockage et la valorisation des excédents seront nécessaires à grande échelle, à la fois en taille et en durée. Pour cela la seule solution concrète est le « Power-to-Gas », terme qui désigne un ensemble de filières reposant sur l'électrolyse de l'eau pour produire de l'hydrogène.

Ce dernier peut ensuite soit être utilisé directement (par exemple dans l'industrie) ou réagir avec du CO2 pour donner, via la réaction de Sabatier (méthanation), du méthane synthétique qui peut être injecté dans le réseau de gaz naturel et utilisé exactement comme ce dernier, notamment pour la mobilité (Bio-GNV). 
Plusieurs prototypes existent déjà en Europe (Allemagne, Danemark, …) avec en France un 1er projet de démonstrateur à Fos/mer (Jupiter 1000).
La capacité de stockage des réseaux gaziers étant largement supérieure aux besoins futurs, le Power-to-Gas, à l'interface entre système électrique et gazier, apportera une réponse définitive à l'exigence d'équilibre inter-saisonnier de l'ensemble du système énergétique.

Interview complète - Extrait de La Lettre de l'ASDER d'octobre 2016

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